Rétro : Renault Estafette Star Studio-Car, 1000 kg de liberté

Si Renault est aujourd’hui présent sur le marché des vans, peu savent que le constructeur, à une époque où on l’appelait “la Régie”, avait déjà tâté du véhicule de loisirs. En effet, le réseau proposait une déclinaison aménagée de l’Estafette, développée par Star. Cette version 1000 kg fait partie des survivantes.

Incontournable pendant des décennies sous la forme de l’utilitaire de l’artisan plombier, du marchand ambulant ou encore du panier à salade de la police nationale dans son uniforme noir et blanc, la Renault Estafette reste, avec le Citroën Type H ou encore le Peugeot J7, l’un des symboles d’une France besogneuse, mais enthousiaste, celle des Trente Glorieuses. Commercialisé à l’aube des années 1960, le petit utilitaire, s’il nous paraît bien désuet aujourd’hui, est alors très moderne malgré les nombreux éléments mécaniques piochés sur les étagères de pièces des autres modèles de la marque, comme le moteur 845 cm3 de 32 ch ou l’instrumentation de la Dauphine. C’est, en effet, le premier modèle de la Régie (Renault est alors nationalisée depuis 1945 sous le nom de Régie nationale des usines Renault) à recourir à la traction, c’est-à-dire aux roues avant motrices. Une véritable révolution pour la vénérable maison dont l’intégralité de la gamme est encore à propulsion. Avantage de cette architecture, l’ensemble des éléments mécaniques et de transmission se retrouvent à l’avant, permettant de proposer un plancher bas et plat sur la totalité de son espace. Pratique pour le chargement et la manutention. Mais ­l’Estafette a également revêtu, et c’est moins connu, les atours du véhicule de loisirs.

 

© Nicolas Souyris

 

 

Un aménagement made in Bretagne

Parmi les nombreuses déclinaisons proposées au sein du réseau Renault, se trouvait le Studio-Car. Une version loisirs à l’aménagement conçu par la Sabem, société anonyme Bois et matériaux, créée en 1957 à Trémuson, près de Saint-Brieuc en Bretagne. Cette dernière fabrique, sous la marque Star, des caravanes et c’est vers elle que Renault se tourne au moment d’imaginer cette ­Estafette loisirs. Le résultat est un kit comprenant une banquette convertible longitudinale, côté gauche, faisant face à un bloc-­cuisine avec table rabattable, comprenant réchaud deux feux, tiroir à couverts et évier avec paillasse. Une pompe à pied permet d’alimenter le robinet.

 

© Nicolas Souyris

 

Une vraie sortie de grange

Derrière le conducteur loge une grande penderie, dont la porte en deux parties permet, ouverte, d’isoler le poste de pilotage de l’espace habitable. Cet ensemble de base, facturé 2 500 F – soit l’équivalent de 3 300 € – est dévolu à la “petite” Estafette de 4,10 m. Dans les versions longues, parfois appelées improprement 1000 kg, les 38 cm supplémentaires pouvaient être utilisés à bon escient puisqu’ils autorisaient l’installation d’une commode “munie de trois tiroirs et d’un fourre-tout” ainsi que d’un réfrigérateur. Ça tombe bien, notre modèle du jour est de cette espèce et son histoire tient de l’exceptionnel. Notre Studio-Car est un modèle de 1976, équipé du moteur de la Renault 8 développant 45 ch et arborant la calandre en tôle emboutie qui a remplacé celle en “grillage” en 1972. Elle profite également du double circuit de freinage, dont c’est le premier millésime. Remisée plusieurs années dans un hangar sous bâche, elle a été préservée des agressions du temps, de la météo et se présente dans un état assez exceptionnel. Retrouvée par Nos Anciennes, près d’Angers, un spécialiste des véhicules d’antan, elle a eu droit à un bon nettoyage et une grosse révision qui lui ont permis de reprendre la route. Gilles, son nouveau propriétaire, est amateur de véhicules d’époque et d’une vanlife apaisée, un peu plus qu’occasionnelle. Après la revente du Volkswagen T2 qui les a longtemps accompagnés avec son épouse à la disparition de celle-ci (trop de souvenirs), il pensait remiser ce nomadisme vintage. Jusqu’à ce que, plusieurs années plus tard, celle qu’il appelle “Moustafette” lui fasse de l’œil à la faveur de la recherche d’un van… pour une connaissance. Depuis , Gilles et sa compagne ont déjà bien roulé avec : rassemblements, festivals ou concerts, les excuses ne manquent pas pour partir et dormir à bord. Et les projets de “petite vadrouille” nombreux, car hors de question de laisser ­l’Estafette au garage : “Faut que ça serve !”