Largoët, magique forteresse !

Encore trop méconnue, la forteresse de Largoët, à Elven, dans le Morbihan, mérite pourtant largement que l’on s’y attarde. Entre son cadre enchanteur, son architecture et son histoire, elle coche toutes les cases pour passer un bon moment.

 

L’endroit est digne des plus beaux décors de cinéma. Un donjon mystérieux, une tour où une belle princesse doit sans doute attendre d’être délivrée et un étang où règnent selon toutes vraisemblance des créatures peu recommandables : la forteresse de Largoët ne manque décidément pas d’atouts. Dans cet environnement féerique et maléfique, magique et mystique, mais… terriblement beau, on imagine sans peine serrer la pince d’Harry Potter ou participer à un des plus épiques ­combats du Seigneur des Anneaux au cours de notre visite. On vous rassure tout de suite, notre petite balade s’est déroulée sans heurt ni phénomène paranormal. Reste que notre première impression, elle, est toujours là : cet endroit dégage quelque chose de particulier. Quoi ? Difficile à dire. Mais c’est palpable. Il y a un mélange de force et de douceur, d’agitation et de quiétude… Bref, une ambiance unique, qui ne laisse pas indifférent. Comme son histoire, d’ailleurs. Cette forteresse a en effet été pendant longtemps la propriété d’un certain Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne de son état. Conseiller particulièrement proche du duc de Bretagne, il était même le tuteur de ses filles, dont la célébrissime duchesse Anne. Au fil des mariages d’Anne, il passera ensuite au service du roi de France au XVe siècle. Et c’est justement à cette période que Largoët connaîtra son heure la plus glorieuse. Cette puissance et cette grandeur sont encore perceptibles aujourd’hui au vu des ruines monumentales du donjon, bien que cette forteresse soit restée dans l’oubli pendant de très longues années.

 

Défense de prestige !

La chapelle Notre-Dame, à l’entrée du site, n’a pas pu résister aux affres du temps, mais la forteresse a tout de même conservé certains de ses bâtiments les plus prestigieux, à l’image du châtelet. Pourvu de deux ponts-­levis, il est l’œuvre de Jean IV de Rieux qui, dans les années 1470, lui a donné sa façade ornée de mâchicoulis aux linteaux trilobés, en plus des archères destinées aux armes à feu posées. Il ne faut pas oublier que cette forteresse était avant tout un château fort au temps des ducs de Bretagne, d’où ses fonctions défensives.

Un petit peu plus loin, le donjon a pour sa part été édifié dans un style totalement différent, s’inspirant même fortement de celui de Vincennes, avec la mouvance des tours résidentielles. Ce bâtiment monumental s’élève sur huit niveaux, chacun étant, à l’époque, dédié à une personne ou une fonction bien précise : madame au premier, monsieur au deuxième, la chapelle et ses deux oratoires au troisième, les enfants au quatrième… Le donjon avait également le droit à une salle de justice, qui servit occasionnellement de prison – les condamnés étaient alors détenus aux cinquième et sixième étages.

A gauche du donjon, la tour Ronde est elle aussi probablement à mettre à l’actif de Jean IV de Rieux. Restaurée en 1905 par l’architecte Jobbé-Duval, sous l’impulsion des actuels propriétaires, elle a pour modèle la tour du Connétable du château ducal de Vannes. Trois canonnières sont aménagées au sous-sol alors que les étages résidentiels, qui étaient reliés au logis sud par une galerie de bois, ont tous le droit à leurs propres cheminées et latrines. Si la Tour Ronde ne se visite pas, elle ne se laisse pas moins admirer. Et avec ses formes et ses pierres, elle conserve quelques beaux attributs. Sans compter le cadre majestueux et enchanteur de cette forteresse qui ne nous laisse décidément pas insensible…

 

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