Confinement #2 : journal d'un confiné en camping-car, semaine 4

Déjà 4 semaines de confinement sont passées ! Toujours confiné dans son camping-car, Matthieu C. nous partage son quotidien. Un journal de bord à lire sur notre site.

  • © Matthieu Constanzo

Semaine 4 : elle fut marquée par tellement de choses en commençant par les annonces de M. Macron, mardi soir, qui nous a tenus en haleine...avec un peu de liberté accordée et plus de visibilité. En tant que citoyen français, je suis si circonspect quant à ce qui touche les libertés individuelles, que nous redonner un peu d'espoir ne fait pas de mal. Je ne ferai pas l'hypocrite, j'ai vu comme beaucoup le documentaire soi-disant complotiste "Hold-up". Je ne crois pas en un complot mondial, mais je crois que le gouvernement français a tâtonné depuis mars en ce qui concerne le virus covid-19, avec les masques, les tests, les confinements, les déconfinements, les restaurateurs, les commerces non-essentiels, les retours en arrière, les jauges plus ou moins aléatoires (stades de sport, métros...). Mardi soir, j'étais donc comme 29 millions de personnes devant la grand-messe de notre président qui sur un ton solennel a amorcé quelques degrés de détente. C'est fou ce que l'homme s'habitue à tout. Confinés pendant 4 semaines, on en vient presque à nous réjouir des bribes de liberté rendues alors que l'on avait totale liberté il y a un mois ! Vous allez me dire que c'est normal, il faut restreindre la circulation du virus. Ce avec quoi je suis totalement d'accord. Et d'ailleurs dans mon camping-car, à l'égard des commerces bondés, avec un masque, je ne me déplaçais que pour le strict nécessaire et pour pratiquer un peu de vélo pour me détendre et me dépenser; ce dont j'ai parlé la semaine dernière. Mais quand on a un véhicule autonome, on pourrait penser que l'on peut se déplacer où l'on veut, de région en région, de département en département. Puisque l'on est quelque part confinés dans notre maison mobile. Mais non, même pas. Interdiction de se déplacer à volonté. Quand on voit les supermarchés...

© Matthieu Constanzo

Un peu de liberté

Enfin, mardi soir, donc, un rayon de 20 km et un créneau de 3h nous est royalement octroyé. Pourquoi 20 ? Pourquoi pas 50 ? Pourquoi pas 5h ? L'essentiel est d'éviter les contacts et ne pas se retrouver à... 2 dans 8m2 ! Hum... bref... En ce qui me concerne, évidemment, cette largesse m'aura permis aujourd'hui dimanche de pratiquer à nouveau en toute "légalité" mon sport préféré, le parapente. Que ce fut bon ! que ce fut vivifiant et si jouissif ! un petit bonheur de liberté après 4 longues semaines sans cette bouffée d'oxygène, sans cet horizon immense, sans cette montée dans le ciel, presque comme un oiseau ! Magiques instants où tout redevient supportable, géant ! C'est sûr que notre sport, comme celui des surfeurs, se pratique en milieu naturel, sans contact et à distance (c'est souhaitable de ne pas avoir de collision en vol). Je n'ai jamais fait de prison, mais je suppose que ce sentiment de bonheur ressenti est le même que celui d'un prisonnier qui se retrouve à l'air libre pour la première fois. En tout cas, j'ai ressenti avec intensité cette joie, ce plaisir, cette ivresse, en 3D. Presque la vie normale, avec une attestation dûment remplie au cas où... et aucun sentiment de frustration, car la nature a aussi le droit de nous faire nous poser (la gravité) quand c'est le moment de rentrer, la tête plein de sensations d'ivresse, et les yeux pleins de ces paysages varois à perte de vue avec la mer Méditerranée au loin. Oui ce vol fut un plaisir géant. Juste gâché par l'impossibilité de boire un verre à une terrasse de café, ou de prendre un bon repas. Et là, je pense à nos amis cafetiers et restaurateurs, les premières et dernières victimes qui triment dur et qui ont tellement de mal à payer leurs charges alors que plus aucun client ne peut rentrer dans leurs établissements. Les reportages sont effarants et je me demande comment ils peuvent tenir mentalement, de voir les commerces non essentiels revivre depuis samedi et eux devoir rester bouclés. Nous vivons dans un monde affreux. Impitoyable, par les décisions qui varient de pays en pays.

« Mais les autres ? »

J'ai lu qu'un restaurateur belge avait eu l'idée de servir ses clients dans un camping-car loué ou que certains restaurateurs tentaient la vente à emporter. Mais bien maigre chiffre d'affaires.

Quand on voit les choses de l'extérieur, on s'aperçoit qu'au final, une pandémie, un virus invisible peuvent rendre des gens fous, parce que les économies de toute une vie partent en fumée, parce qu'ils doivent donner fin à leurs rêves parfois, avec l'amer ressentiment qu'ils n'y sont pour rien dans la propagation de l'épidémie, ayant tout fait pour respecter la distanciation physique et favoriser les gestes barrières avec les cartes sur smartphones ou la désinfection des tables et des chaises. Oui en ce dimanche, j'étais heureux de pouvoir m'adonner à ma passion de sport de plein air, et triste parce que d'autres ne savent pas si demain ils ne devront pas mettre la clé sous la porte. Les fêtes de fin d'année seront terribles pour eux et ils devront attendre le 20 janvier pour éventuellement réouvrir. C'est pour cela que mardi soir, j'ai écouté avidement à quelle sauce nous serions mangés. Le rayon de 20 km est insuffisant et ridicule quand on y pense, mais il m'est personnellement suffisant, ayant deux sites de parapente dans ce cercle et des collines boisées pour rouler en vtt. Mais les autres ?

© Matthieu Constanzo

Vivre mieux

Le confinement en camping-car m'a appris à vivre mieux avec l'essentiel, sans le superflu. Le confinement m'a appris à regarder un peu plus autour de moi, entre les malades qui meurent et les gens qui font faillite. c'est pour cela que j'ai pensé à revenir en arrière au supermarché local pour prendre de la nourriture pour la banque alimentaire. La crise sociale va être terrible quand on sera sortis de la crise sanitaire. Alors ces temps permettent parfois de se poser la bonne question : qu'est-ce qui nous rend heureux ? à quoi notre bonheur tient-il ? qu'est-ce qui est essentiel dans notre vie ? Chacun a sa réponse la bonne, si comme moi, on a la banane et le coeur léger après quelques heures. Rentrer dans son camping-car, le chauffer et prendre un thé brûlant car là-haut il commençait à faire froid. Finalement, ce n'est pas si mal pour une fin novembre dans un contexte très anxiogène si on regarde les actualités (l'article 24 du projet de loi sur la sécurité, le tabassage en règle d'un producteur de couleur par des policiers).

 

Oui, les amis, rien ne sera plus rien comme avant. J'en ai bien peur, alors profitons à fond du moment présent et réjouissons-nous de ce que nous avons de plus cher, la santé pour pouvoir profiter du reste de ce que la vie veut bien nous donner, du sens que l'on veut bien donner à notre vie.

Par Matthieu Constanzo

 

Si vous avez manqué les épisodes précédents :

>>"N'est-ce pas ça le camping-car, retrouver la liberté perdue dans les habitats des villes ?"

>>Confiné dans son camping-car, Matthieu témoigne

>>Journal d'un confiné en camping-car #2

>>Journal d'un confiné en camping-car #3 : Carpe Diem

>>Journal d'un confiné en camping-car #4

>>Journal d'un confiné en camping-car #5

>>Journal d'un confiné en camping-car #6

>>Journal de bord : le bilan d'un confinement en camping-car

>>Confinement #2 : journal d'un confiné en camping-car, semaine #1

>>Confinement #2 : journal d'un confiné en camping-car, semaine 2

>>Confinement #2 : journal d'un confiné en camping-car, semaine 3

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