Dans les années 1980, nombreux sont les aménageurs à s’être entichés du Volkswagen T3. Pour certains, c’est la continuité d’une lignée commencée avec le T2, voire le T1. Pour d’autres, cette troisième itération du Combi représente la porte d’entrée dans le monde du van aménagé. Parmi toutes les propositions faites sur l’utilitaire allemand, la grande majorité s’inspirent du plan inventé par Westfalia trente ans plus tôt. Rares sont celles à se montrer aussi originales que ce qu’offre Dehler, aussi bien esthétiquement qu’en matière d’aménagement. L’origine de la société y est sans doute pour beaucoup…
Du nautisme à la vanlife
Le Profi est donc la première incursion dans le véhicule de loisirs de cette firme allemande, qui a construit sa réputation dans le nautisme avec d’innovants voiliers en fibre de verre aussi bien pensés pour la compétition que la plaisance. Son fondateur, Willi Dehler, avait d’ailleurs hésité entre les deux mondes au moment de fonder sa société dans les années 1960. C’est donc succombant à l’un de ses amours qu’il se lance dans l’aventure du van en créant Dehler Mobile en 1981 avec, pour figure de proue et seul modèle alors, le Profi. Le choix du Volkswagen T3 n’est pas un hasard. Apprécié pour sa solidité mécanique, il constitue une base idéale pour un camper van et, surtout, incontournable. L’image d’Épinal de liberté que lui a conféré le Flower Power et son gabarit à la fois passe-partout et offrant une belle habitabilité, avec son poste de conduite repoussé à l’extrême avant, en font le choix logique pour un fourgon aménagé. Mais là où les autres adoptent un toit relevable ou une rehausse peu esthétique, Dehler opte pour un couvre-chef aérodynamique inspiré des coques de ses bateaux (une version à toit relevable figurait aussi au catalogue) et un mobilier intérieur pensé comme une petite cabine de navire.
Résultat, un van différent, en premier lieu esthétiquement. Le toit surélevé à la ligne particulière y est, certes, pour beaucoup, mais Dehler a également pris le parti d’habiller le reste de la carrosserie avec des ajouts striés au niveau de la ceinture de caisse. Elle-même revêt un coloris biton qui, s’il était optionnel, a connu un réel succès. En témoigne l’exemplaire qui agrémente et dont le combo marron/beige ne manque pas de classe. Surtout souligné de ses jantes BBS nid d’abeille assorties, communément vues sur certaines sportives d’alors.
Salle d’eau et cuisine secrètes
À bord, si l’on n’y prend pas garde, il est facile de croire à un aménagement classique type Westfalia, simplement agrémenté d’une banquette supplémentaire et d’un meuble haut à l’avant. Conclusion hâtive ! Car si le mobilier courant côté gauche propose effectivement réchaud, évier et rangements, la volonté d’optimisation de l’espace a poussé Dehler à développer un ensemble très peu profond réalisé en plastique thermoformé, technologie avant-gardiste que la marque maîtrise alors pour ses bateaux. La kitchenette ne peut y prendre place en fixe et devient un ensemble escamotable, rangé à la verticale dans l’épaisseur du meuble.
À l’avant, juste derrière la cabine de conduite, ce qui ressemble à un grand placard n’est autre qu’un espace sanitaire composé d’un lavabo et d’une douche avec receveur rabattable ! L’endroit peut accueillir des WC portables pour définitivement en faire un van tout confort.
Avec ses deux banquettes, l’engin lorgnait déjà, à l’époque, vers le monospace de loisirs puisqu’il permet de voyager à six. L’assise centrale est remarquable par sa modularité, pouvant indifféremment s’installer face à la route, être retournée pour constituer un petit salon face-face avec celle de l’arrière, ou placée perpendiculairement à cette dernière et ainsi créer un canapé d’angle.
La table est, elle, à installer sur un pied rotatif, fixé à demeure sous la cuisine. Dépliées, les deux banquettes constituent le couchage longitudinal. Enfin, les rangements ne manquent pas : placards dans le meuble, de part et d’autre dans le coffre ainsi qu’à l’avant (où pouvait prendre place au centre une télévision cathodique…), et à l’arrière de la rehausse capable également d’accueillir un lit d’appoint pour les enfants. Le Profi survivra au T3, se réinventant sur le T4 en 1990, mais pas à la cessation de Dehler Mobile huit ans plus tard. Finalement produits en peu d’exemplaires durant cette presque décennie de fabrication, les T3 Profi restent des ovnis dans le paysage du van, surtout en France (la majorité a trouvé preneur en Allemagne ou aux Pays-Bas). Celui-ci fait donc partie du patrimoine des véhicules de loisirs.


